En Amazonie, les vieux pâturages permanents stockent autant de carbone que les forêts

Une étude conjointe de l'INRA et du CIRAD révèle que dans les couches profondes du sol, les pâturages de plus de 24 ans, faiblement chargés en bétail, stockent autant de carbone que les vieilles forêts voisines. Vincent Freycon et Lilian Blanc (UPR Forêts et Sociétés) ont participé à cette clarification qui ne remet pas en cause l'intérêt de juguler la déforestation, mais montre que les puits de carbone ne sont pas l'exclusivité des forêts.

Les résultats de cette étude, dont le résumé apparaît ci-après, ont été publiés dans la revue Global Change Biology.

Les forêts amazoniennes accumulent continuellement du carbone (C) dans la biomasse et dans le sol, ce qui représente un puits de carbone de 0,42 à 0,65 Gigatonnes par an. Au cours des dernières décennies, plus de 15% des forêts amazoniennes ont été converties en pâturages, entraînant des émissions nettes de C (~ 200 tonnes de carbone par hectare) dues au brûlage de la biomasse et à la minéralisation des déchets dans les premières années après la déforestation. Cependant, on sait peu de choses sur la capacité des pâturages tropicaux à restaurer un puits de carbone. Notre étude montre, en Amazonie française, que le stockage en carbone observé dans la forêt d'origine peut être partiellement restauré dans de vieux pâturages tropicaux (≥ 24 ans) gérés avec un faible taux de charge (environ 1 unité de bétail par hectare) et sans utilisation de feu depuis leur établissement. Une combinaison unique de données issues d'une longue chronoséquence et de mesures de covariance des turbulences a montré que les pâturages stockent entre 1,27 ± 0,37 et 5,31 ± 2,08 tonnes de carbone par hectare et par an, tandis que la forêt indigène, à proximité, stockait tonnes de carbone par hectare et par an. Ce carbone est principalement séquestré dans l'humus des couches profondes du sol (20-100 cm), alors qu'aucun stockage de C n'a été observé dans la couche de 0 à 20 cm. Le stockage de carbone dans les pâturages tropicaux en C4 est associé à l'installation et au développement des espèces en C3, qui augmentent soit l'apport d'azote dans l'écosystème, soit le rapport C: N de la matière organique du sol. Les efforts visant à freiner la déforestation demeurent une priorité évidente pour préserver les stocks de carbone forestier et la biodiversité. Cependant, nos résultats montrent que si la gestion durable est appliquée dans les pâturages tropicaux issus de la déforestation (éviter les feux et le surpâturage, utiliser un plan de rotation des pâturages et un mélange d'espèces C3 et C4), ceux-ci peuvent assurer un stockage continu de carbone, s'ajoutant à celui actuellement opéré par les forêts amazoniennes.

Stahl, C., Fontaine, S., Klumpp, K., Picon‐Cochard, C., Grise, M.M., Dezécache, C., Ponchant, L., Freycon, V., Blanc, L., Bonal, D. and Burban, B., 2017. Continuous soil carbon storage of old permanent pastures in Amazonia. Global change biology, 23(8), pp.3382-3392.

Publiée : 22/05/2018

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