Davantage de mammifères dans les forêts exploitées ?

Une étude publiée dans Biological Conservation révèle qu'à Bornéo, dans une zone préservée de la chasse, les forêts exploitées abritent 28 % de mammifères de plus que les forêts anciennes non exploitées. Cela vaut toutefois essentiellement pour les petits mammifères, notamment les omnivores ou insectivores, et cette étude n'en plaide pas moins pour le maintien de zones en réserve, à proximité des zones exploitées.

(Résumé de l'article) - Les travaux de recherche récents dans les régions tropicales ont permis de mieux comprendre les répercussions locales du changement d'utilisation des terres sur la richesse en espèces. Cependant, nous disposons d'une capacité encore limitée à établir des prédictions sur l'abondance des espèces, en particulier dans des paysages hétérogènes. Les abondances d'espèces affectent directement le fonctionnement d'un écosystème et sa valeur de conservation. Nous avons appliqué un modèle hiérarchique à des données issues de caméra et de piégeage d'une région de Bornéo, et nous avons estimé l'abondance relative (en tenant compte des imperfections de la détection) de 57 espèces de mammifères terrestres, en fonction de la mesure catégorielle ou continue du changement d'affectation des terres. Nous avons constaté que l'abondance relative moyenne a augmenté (de 28 %), de la forêt ancienne à la forêt exploitée, mais a considérablement diminué (de 47 %) dans les plantations de palmier à huile par rapport à la forêt ancienne. Les réponses de l'abondance à la biomasse des arbres vivants hors sol (une mesure continue de l'intensité de l'exploitation forestière locale) ont été négatives dans l'ensemble, alors qu'elles étaient fortement positives si l'on se référait cette fois à la couverture forestière. De la forêt ancienne à la forêt exploitée, les petits mammifères ont augmenté proportionnellement beaucoup plus que les grands mammifères (169% contre 13%). De même, les omnivores et les insectivores ont augmenté plus que d'autres guildes trophiques (carnivores, herbivores et frugivores). De la forêt au palmier à huile, des espèces de statut préoccupant pour la conservation se sont particulièrement distinguées (en baisse de 84%). L'abondance relative d'espèces envahissantes a augmenté constamment le long du gradient d'intensité de l'utilisation des terres. Les changements dans l'abondance relative dans neuf groupes  fonctionnels définis selon le régime alimentaire étaient minimes, de la forêt ancienne à la forêt exploitée, mais pour le palmier à huile, seule la fonction de prédation des vertébrés a été maintenue. Nos résultats montrent qu'en l'absence de la chasse, même les forêts les plus intensivement exploitées peuvent conserver l'abondance et les fonctions des mammifères. Les engagements récents d'entreprises pour soutenir la protection des forêts exploitées à haute réserve de carbone pourraient donc générer des avantages substantiels pour la conservation. S'agissant du palmier à huile, nos résultats confirment en revanche que les pratiques dites favorables à la vie sauvage ne représentent qu'un médiocre potentiel pour réduire les impacts de ce type d'aménagement sur la biodiversité.

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Publiée : 21/08/2017

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