En Afrique, la viande de brousse semble aujourd'hui moins appréciée que les autres sources de protéines animales

C'est ce que révèle en tout cas une étude sur la consommation des ménages à Bangui, publiée dans la revue Bois et Forêts des Tropiques, et dont Christian Fargeot et Sébastien Le Bel (UPR Forêts et Sociétés) sont coauteurs.

Dans le Bassin du Congo, le gibier fournit une part importante des protéines consommées par les ménages ruraux. Dans un contexte d’urbanisation croissante, une bonne connaissance de la consommation de viande de brousse par les ménages urbains est indispensable, tant pour traiter les questions de sécurité alimentaire que pour développer des stratégies de conservation de la biodiversité. Cet article propose un éclairage sur les modes de consommation de viande de brousse à Bangui, capitale de la République centrafricaine, basé sur une analyse des dépenses des ménages et des prix de marché. Une enquête menée auprès d’environ 4 000 ménages associée à un suivi sur trois ans (2005-2008) des prix sur les marchés a permis une estimation de la consommation de viande de brousse et d’autres protéines animales. Les résultats montrent l’existence d’une offre diversifiée de protéines animales sur les marchés de Bangui, issues de gibier et d’animaux domestiques. En termes de composition taxonomique, l’offre de viande de brousse est principalement constituée d’espèces sauvages communes et sédentaires qui résistent bien à la pression de la chasse, tandis que les espèces protégées sont rarement observées. L’enquête sur la consommation des ménages montre que 54 % des repas quotidiens contiennent du bœuf, 35 % du poisson et 19 % de la viande de brousse. La consommation de poisson et de viande de brousse diminue en saison des pluies et la consommation de chenilles augmente. Quant aux prix, les viandes fumées (gibier, poisson) sont moins chères que toutes les protéines animales fraîches à l’exception des chenilles. La consommation de protéines animales et de viande de brousse augmente avec les revenus ; les protéines fraîches sont davantage consommées par les ménages aisés alors que la viande de brousse fumée est consommée par les plus pauvres. Si la consommation totale de protéines et de viande de brousse est la plus forte parmi les ménages aisés, la part relative de viande de brousse dans la consommation totale des protéines est la plus forte parmi les ménages pauvres. Globalement, ces résultats confirment l’importance de la viande de brousse dans l’alimentation des citadins, surtout chez les plus pauvres. Cependant, les modes de consommation qui se dégagent indiquent que la viande de brousse est moins appréciée que les autres sources de protéines animales, ce qui pourrait limiter la croissance de sa consommation, notamment en cas de meilleure disponibilité de viandes alternatives et moins chères.

(résumé de l'article )

Publiée : 31/10/2017

Cookies de suivi acceptés