Quels sont les effets à long terme de l'exploitation forestière sur les principaux stocks de carbone forestier ?

On sait peu de choses sur les effets à long terme de l'exploitation forestière sur les principaux stocks de carbone forestier (C) dans la biomasse aérienne et souterraine des arbres, le bois mort, la litière et le sol. Une équipe de recherche s'est penchée sur la question dans le cas particulier de Bornéo aet a publié les résultats de son équipe dans la revue Forest Ecology and Management. Plinio Sist, de l'UPR Forêts et Sociétés, en est l'un des coauteurs.

Dans les forêts tropicales, l'exploitation forestière sélective entraîne une réduction significative des stocks de carbone en surface, en raison de l'élimination directe de quelques gros individus commercialisables et de la mort de plus petits arbres blessés ou écrasés à la suite de la récolte. Plusieurs études ont montré une forte corrélation entre l'intensité de l'exploitation forestière et la diminution de la biodiversité, de la production de bois et des stocks de biomasse. Cependant, on sait peu de choses sur les effets à long terme de l'exploitation forestière sur les principaux stocks de carbone forestier (C) dans la biomasse aérienne et souterraine des arbres, dans le bois mort, dans la litière et dans le sol. Dans cette étude, nous avons quantifié les stocks de C dans 28 parcelles de 0,25 ha situées dans une forêt mixte de Diptérocarpacées, à Bornéo, en Indonésie. Ces parcelles ont été exploitées il y a 16 ans à différentes intensités allant de 0 à 57 % de la biomasse initiale. Nous avons étudié l'effet de l'intensité de l'exploitation forestière, de la topographie et des variables pédologiques sur chaque stock de carbone à l'aide de modèles mixtes linéaires. Seize ans après l'exploitation forestière, les stocks totaux de C variaient de 218 à 554 Mg C / ha avec une moyenne de 314 ± 21 Mg C / ha, dont plus de 75 % ont été trouvés dans des arbres vivants. L'intensité de l'exploitation forestière s'est avérée être le principal facteur expliquant la variabilité du carbone stocké dans la biomasse aérienne et souterraine des arbres de DHP supérieur à 20 cm et celle du bois mort. Simultanément, la proportion de bois mort a augmenté avec l'intensité d'exploitation, atteignant 13,5 % du total des stocks de carbone dans les parcelles exploitées intensivement (> 20 % d'élimination de la biomasse initiale). Cette étude a donc confirmé la nécessité de limiter l'intensité de l'exploitation forestière à un seuil de 20 % du prélèvement initial de biomasse afin de limiter l'accumulation à long terme de bois mort après l'exploitation forestière, probablement en raison d'une forte mortalité post-exploitation. La moitié de toutes les forêts de Bornéo ayant déjà été exploitées, la prise en compte du total de C post-exploitation est essentielle pour mieux évaluer l'empreinte carbone à long terme de l'exploitation forestière commerciale dans la région, et constitue une étape nécessaire vers le développement d'une gestion forestière "orientée carbone" sous les tropiques.

Rozak, A.H., Rutishauser, E., Raulund-Rasmussen, K. and Sist, P., 2018. The imprint of logging on tropical forest carbon stocks: A Bornean case-study. Forest Ecology and Management, 417, pp.154-166.

Publiée : 21/08/2018

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