Madagascar a perdu 44% de son couvert forestier naturel en seulement soixante ans

Une étude combinant des cartes historiques à des systèmes récents de données forestières a permis de retracer pour la première fois l'historique de la déforestation et de la fragmentation forestière à Madagascar depuis le début des années 1950. Ce travail a été réalisé par une équipe franco-malgache conduite par Ghislain Vieilledent, de l'UPR Forêts et Sociétés.

L'île de Madagascar possède une biodiversité unique, principalement située dans les forêts tropicales de l'île. Cette biodiversité est fortement menacée par la déforestation anthropique. Les cartes forestières historiques existantes au niveau national sont dispersées et présentent des lacunes importantes qui empêchent une évaluation exhaustive des tendances à long terme de la déforestation à Madagascar. Dans cette étude, nous avons combiné des cartes historiques du couvert forestier national (couvrant la période 1953-2000) avec un ensemble de données récentes sur la perte annuelle du couvert forestier mondial (2001-2014) pour examiner six décennies de déforestation et de fragmentation de la forêt à Madagascar (de 1953 à 2014). Nous avons produit de nouvelles cartes du couvert forestier à 30m de résolution pour l'année 1990 et annuellement de 2000 à 2014 sur l'ensemble du territoire de Madagascar. Nous avons estimé que Madagascar a perdu 44% de son couvert forestier naturel sur la période 1953-2014 (dont 37% sur la période 1973-2014). Les forêts naturelles couvrent 8,9 Mha en 2014 (15% du territoire national) et comprennent 4,4 Mha (50%) de forêts humides, 2,6 Mha (29%) de forêts sèches, 1,7 Mha de forêts épineuses (19%) et 177 000 ha (2%) de mangroves. Depuis 2005, le taux annuel de déforestation a progressivement augmenté à Madagascar pour atteindre 99 000 ha/an en 2010-2014 (soit un taux de 1,1%/an). Environ la moitié de la forêt (46%) est maintenant située à moins de 100?m de la lisière de la forêt. Notre approche pourrait être reproduite dans d'autres pays en développement dotés d'une forêt tropicale. Des cartes précises des changements du couvert forestier peuvent être utilisées pour évaluer l'efficacité des programmes de conservation passés et actuels et mettre en œuvre de nouvelles stratégies pour l'avenir. En particulier, les cartes et estimations forestières peuvent être utilisées dans le cadre de REDD+ qui vise à "réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts" et à optimiser le réseau actuel d'aires protégées.

Publiée : 10/07/2018

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